dimanche 11 janvier 2015

Le blasphème est-il une provocation inutile ?

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, de nombreux amis me disent en substance "Oui, c'est terrible, ce qui s'est passé, mais quand même, fallait-il aller blasphémer ? C'était risqué, et puis pourquoi ennuyer spécifiquement autrui ?"
Il y aurait donc la question du "droit au blasphème", d'une part, et aussi de l'intérêt de blasphémer.

Commençons par nous interroger sur ce  qu'est un blasphème, en nous rapportant au seul dictionnaire français qui vaille, le Trésor informatisé de la langue française (les autres, étant commerciaux, ne visent pas la justesse... mais la vente). Sur http://atilf.atilf.fr/, on trouve : "Parole, discours outrageant à  l'égard de la divinité, de la religion, de tout ce qui est considéré comme sacré".
Observons tout  d'abord que  l'on ne peut pas outrager une divinité qui n'existerait pas : si je dis "M.... au Père Noël", ce n'est pas bien grave. Imaginons  une injure à  une divinité : on comprend bien que cela peut être intentionnellement, une façon de viser la croyance d'individus qui ont foi dans cette divinité. Dans l'hypothèse ou la divinité existe, elle pourra  très bien se défendre toute seule.
Injure à une religion ? Une religion, ce ne sont pas des personnes, mais une catégorie intellectuelle, de sorte que, là encore, on n'offense personnes. Mais le blasphème est en réalité, alors, dirigé comme une sorte d'injure à l'encontre  de ceux qui ont foi dans cette divinité. Bref, les blasphèmes causent de la souffrance. Et ce sont des paroles contre des personnes, lesquelles relèvent de la loi : on n'a pas le droit de diffamer, on n'a pas le droit de calomnier, on n'a pas le droit d'injurier.

Là, il faut explorer. Je trouve sur  le site de l'administration française les données suivantes :
Une injure est une invective, une expression outrageante ou méprisante, non précédée d'une provocation et qui n'impute aucun fait précis à la victime. Le qualificatif attribué ne peut pas être vérifié.
Lorsque les propos concernent une entreprise, ils sont une insulte uniquement s'ils visent un membre du personnel ou l'entreprise en elle-même. Une critique même excessive d'un produit ou d'un service d'une entreprise ne constitue pas forcément une injure. C'est le cas si une personne critique même vulgairement un plat consommé au restaurant mais sans s'en prendre au chef. Ces propos peuvent constituer en revanche un dénigrement relevant du tribunal civil et non pénal.
Si les propos imputent un fait précis et objectif à la victime (une infraction pénale par exemple), c'est une diffamation.

L'injure publique est un délit qui relève du tribunal correctionnel, l'injure non publique est une contravention qui relève du tribunal de police.
Injure publique

L'injure publique est une injure pouvant être entendue ou lue par un public inconnu et imprévisible. C'est-à-dire par un nombre indéterminé de personnes étrangères aux deux protagonistes et sans liens étroits entre elles.

C'est le cas d'une injure prononcée en pleine rue, publiée dans un journal ou sur Internet.

Le fait qu'une injure ait été prononcée dans un lieu fermé n'en fait pas une injure non publique. Une injure criée dans une cour d'immeuble parce qu'elle peut être entendue par tous les occupants (qui ne se connaissent pas forcément) et leurs invités est une injure publique.

L'injure non publique est prononcée devant un cercle restreint de personnes formant une communauté d'intérêt. Une injure prononcée entre deux personnes dans un cadre confidentiel n'est pas punissable.

Une communauté d'intérêts est un groupe de personnes liées par une appartenance commune, des aspirations et des objectifs partagés.

Par exemple, une injure lancée lors d'un comité d'entreprise est non publique car prononcée devant un nombre restreint de personnes appartenant à une même instance.
Selon le réseau social et le verrouillage choisi par le détenteur du compte, les propos tenus peuvent être accessibles à tout internaute ou à un cercle plus ou moins restreint d'"amis".
Si les propos tenus sont diffusés sur un compte accessible à tous, l'injure est une injure publique.
En revanche, si l'injure a été diffusée sur un profil accessible qu'à un nombre très restreint d'"amis" sélectionnés, il s'agit d'une injure non publique.

Dont acte. Continuons.
Certains discutent la question de la "qualité" des critiques faites à  des religions : on pourrait faire des critiques de bonne qualité, mais pas des critiques puériles. Là , le point de vue  est épineux, car nous sommes tous le puéril des autres.
Toutefois, on entend aussi parler du "droit de blasphémer", qui serait un "droit démocratique" : si l'on ne soutient pas la possibilité de blasphémer, même avec "mauvais" goût, même si le blasphème risque de créer des réactions terribles, alors le droit au blasphème est réduit à  néant. On ne pourrait pas défendre le droit sans défendre la pratique.
Et d'autres disent que si un groupe de gens est prêt à vous tuer parce que vous avez dit quelque chose, il est alors presque certain que ce quelque chose doit être dit, parce que sinon, les personnes violentes ont un droit de veto sur la civilisation démocratique, et si elles gagnent ce droit, il n'y a plus de civilisation démocratique.

Tout cela étant dit, nous devons aussi nous rappeler les combats des philosophes des Lumières. A l'époque, Diderot  et ses amis luttaient contre la religion catholique

mardi 19 août 2014

dimanche 13 juillet 2014

Une étude américaine confirme l’innocuité des vaccins



Une étude publiée dans Pædiatrics a passé en revue toutes les publications évaluant la sécurité des vaccins pédiatriques utilisés en routine aux États-Unis. Sur plus de 20 000 publications identifiées, 67 articles ont été retenus. Leur analyse a permis de conclure que ces vaccins sont sûrs. Dans le détail, « il existe des preuves très solides qui permettent d’affirmer que le ROR n’est pas lié à l’autisme chez les enfants, et que les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, l’Hæmophilus influenzae de type b et l’hépatite B ne sont pas liés à l’apparition de leucémies infantiles », certifient les auteurs.
Certains effets secondaires graves ont toutefois été rapportés, mais ils sont extrêmement rares. Par exemple, les vaccins contre les gastroentérites à rotavirus peuvent entraîner dans de rares cas des invaginations intestinales aiguës à court terme. Ce risque est estimé à 1,1 cas sur 100 000 doses de Rotateq et 5,1 cas sur 100 000 doses de Rotarix. Ou encore : le vaccin contre la varicelle peut entraîner des complications chez l’enfant immunodéprimé. Mais globalement, le bénéfice/risque des vaccins est très positif. Selon une modélisation de l’impact de la vaccination de routine chez des enfants nés en 2009, la vaccination éviterait 42 000 décès et 20 millions de maladies infectieuses. « Si cette nouvelle étude et toutes les précédentes qui montrent l’innocuité des vaccins ne suffisent pas à éliminer les craintes des vaccins chez les parents », très fortes aux États-Unis, « elles devraient au moins pouvoir conforter la confiance des pédiatres », espère le Dr Carrie Byington


mercredi 28 mai 2014

Un avis de l'Académie d'agriculture de France

Communiqué de presse
Suites judiciaires de la destruction d’un essai scientifique en plein-champ
L’Académie d’agriculture de France a pris connaissance du jugement de la Cour d’appel de Colmar, en date du 14 mai 2014, concernant la destruction, par un groupe de « 54 faucheurs », d’un essai scientifique en plein champ, utilisant des
pieds de vigne, conduit par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).
-Elle se réjouit de constater le maintien de la condamnation, en première instance, des faucheurs pour violation de domicile, ainsi que l’obligation d’indemniser l’INRA, les moyens utilisés étant disproportionnés à la nature des risques auxquels ils prétendaient remédier. Elle s’étonne que la dispense de peine soit justifiée, en particulier, par le fait que le trouble causé par l’infraction a cessé : en fait, ce trouble n’a pas cessé puisque l’amélioration des connaissances qui était attendue de cette expérience par la communauté scientifique n’a pas été obtenue.
-Elle s’étonne que la Cour ait jugé illégal l’arrêté autorisant l’essai, au motif de l’absence d’une étude d’impact préalable. Aussi bien au moment de la conception de l’essai, en collaboration avec la société civile et les associations
concernées localement, que de l’examen de la demande de prolongation par le Haut conseil des biotechnologies (HCB), dans lequel siègent les personnalités scientifiques françaises qui, en raison de leurs travaux antérieurs et de leur familiarité avec les problèmes posés, sont les mieux à même d’apprécier correctement les risques entrainés par une telle expérience, des études
d’impact environnementales ont été évaluées selon les connaissances disponibles et au delà de tout doute raisonnable. Elle considère qu’il s’agit d’une erreur manifeste d’appréciation.
-Elle rappelle l’avis émis conjointement par les académies des Sciences, des Technologies et de l’Agriculture le 17 mars 2014, à la suite du colloque tenu à l’Institut de France le 19 novembre 2013 sur les plantes génétiquement modifiées: « La recherche publique doit conserver et développer ses capacités d’expertise au service de tous, notamment par
l’expérimentation. Les académies demandent que les questions scientifiques et agronomiques touchant aux plantes génétiquement modifiées soient approfondies sur des bases objectives. Ceci implique de restaurer la liberté de mener des recherches et essais, y compris l’expérimentation en plein-champ et sur le long terme, en application des règlementations existantes ».
-Elle s’associe aux protestations de responsables d’organismes publics de recherche et d’universités contre des individus ne respectant pas les règles démocratiques et se livrant à des voies de fait pour empêcher de conduire des
expérimentations, ayant fait l’objet d’autorisations, selon des protocoles précis et transparents, seules de nature à permettre de recueillir des preuves scientifiques documentées sur la réalité des effets des organismes génétiquement modifiés sur les êtres humains, les animaux et l’environnement.

A Paris, le 28 mai 2014
Le Secrétaire perpétuel
Gérard Tendron
Le Président
Jean-Marc Boussard

mercredi 21 mai 2014

Le public n'a pas peur de la chimie : il ne la comprend pas.



En ces temps politiquement corrects, commençons par une précaution : j'ai bien du mal à reprocher aux autres leurs ignorances (observez le pluriel, svp), puis je suis moi-même très ignorant.
Cela étant, on nous dit que le public a peur de la chimie, et c'est un fait que les marchands de peur utilisent cette peur, ou prétendue peur, à leur avantage. Toutefois, le public a peur de la chimie ? Deux événements récents conduisent à nous interroger.
Premier épisode, lors du Salon de l'agriculture : à la fin de ma présentation de la cuisine note à note, où j'ai fait goûter divers produits (observez le mot, svp), un petit boucher nivernais vient me voir et me demande si les produits que j'ai présentés sont « chimiques ». Je lui explique que le terme est ambigu (en général, pas en réalité), et qu'il y a des composés extraits de produits « naturels » (pour faire simple!), tel le saccharose extrait des betteraves, et des produits synthétisés. Synthétisés, demande-t-il ? Cherchant un exemple simple, je lui raconte qu'à l'âge de six ans, j'avait mis deux fils reliés une pile dans un verre d'eau afin de produire deux gaz, et de décomposer l'eau. Décomposer l'eau ? Oui décomposer l'eau : un après un certain temps, le verre est vide, l'eau a disparu, et l'on a rempli des bonbonnes de gaz que l'on nomme hydrogène et oxygène. Décomposer de l'eau : notre homme n'en revient pas.
Profitant de son étonnement, je lui dit qu'il est également extrêmement facile de synthétiser de l'eau. Synthétiser de l'eau ? Oui, synthétiser de long, c'est-à-dire la fabriquer. Non pas par une simple condensation de vapeur, mais bien plutôt par la réorganisation de réactifs pour obtenir un produit, littéralement chimique, qui est l'eau. De l'eau en tous points indiscernables de l'eau d'eau du ciel.
Et notre homme de s'éclairer, et de répéter, émerveillé : « Vous synthétisez de l'eau ! Vous synthétisez de l'eau ! Oui, vraiment, vous avez un beau métier ! ». Autrement dit, cet homme n'avait pas peur de la chimie, mais il ignorait tout de cette activité pourtant ancienne.
Second épisode, plus récent encore. Ayant observé qu'en faculté de droit, nos amis juristes n'avaient pas des idées bien claires sur la différence entre un composé et une molécule (par pitié, rappelez vous ma remarque introductive), sachant que le milieu culinaire a le plus grand mal avec la notion de composé, j'enregistrais un podcast pour donner des explications. Des explications simples, à l'aide de balles diversement colorées. J'avais presque honte de délivrer des notions aussi simples (pour un physico-chimiste), mais un vague sentiment que cela devait être fait.
Le résultat a été au delà de tous les espoirs... avec des emails de félicitations, de remerciements. Comprenons bien que je ne suis pas en train de me taper sur la poitrine, mais simplement d'observer que le public... ne comprend rien à la chimie, ne la connait pas, et ne refuse pas de la connaître, est reconnaissant quand on lui explique.

La conclusion générale de tout cela, c'est que nous nous trompons si nous acceptons l'idée que le public a peur de la chimie. Il n'a pas peur, mais il ignore tout d'un des transformations que certains savent faire. Généralisons un peu : puisque le public ignore la chimie, comment voulez-vous qu'il sache ce qu'est un OGM ? L'ADN ? La radioactivité ? De ce fait, il est facile, trop facile, d'utiliser cette ignorance pour manipuler des opinions. D'ailleurs, il est probable que cette manipulation se fasse par des personnes qui ignorent également la chimie, et qui sont seulement plus craintifs que les autres... mais c'est là une interprétation charitable, et l'on peut aussi imaginer que les marchands de peur, donc agissant à des fins commerciales, ou des gens de pouvoir, ayant volonté d'orienter les réactions du public à leur guise, se livrent à des manipulations à leur profit.

Il y a donc urgence. Urgence à ne plus croire fautivement que le fait de vivre au XXIe siècle puisse éviter la présentation de notions élaborées au cours des siècles. Il y a une nécessité urgente d'un d'expliquer la chimie, la biologie, la physique, les sciences de la nature en général.
Militons, expliquons !

mercredi 16 avril 2014

Homéopathie inutile

L'homéopathie ne serait pas plus efficace qu'un placebo
 
Des chercheurs australiens ont testé l'efficacité de l'homéopathie sur 68 pathologies. Elle ne serait pas plus efficace que le placebo. Et les chercheurs alertent sur le danger de la vaccination par homéopathie.
C'est ce qui ressort d'une revue de la littérature menée par un comité d'experts médicaux australiens indépendants. Ils ont mesuré l'efficacité des traitements homéopathique dans 68 situations pathologiques différentes : asthme, arthrite, troubles du sommeil, rhume, grippe, eczéma, brûlures, paludisme, dépendance
à l'héroïne... Pas moins de 343 études scientifiques publiées entre 2007 et 2013 ont été passées au crible. Les chercheurs en ont conservé 57 après avoir analysé la qualité des travaux. Le professeur John Dwyer, immunologiste et professeur de médecine à l'university of New South Wales a déclaré : "On comprend bien
sûr l'effet placebo. On sait notamment que plusieurs maladies à court terme sont guéries par le corps lui-même. Il est alors très facile pour les personnes malades de tomber dans le piège de croire que l'amélioration vient du médiacement A ou B." Le professeur John Dwyer, a mis en garde notamment contre les dangers de
l'utilisation de l'homéopathie pour la vaccination. Le professeur Richard Choong, président de l'Australian
Medical Association (AMA) of Western Australia a déclaré au Guardian Australien que "l'homéopathie n'est pas une science, elle n'est pas fondée sur des recherches scientifiques". "Dans de nombreux cas, la vie des personnes peut être mise en jeu, la vaccination en est l'illustration."
Les deux professeurs ont appelé à mettre fin à la légitimation de l'homéopathie, incluant le remboursement par les assurances et la vente dans les pharmacies.

dimanche 13 avril 2014