dimanche 1 février 2015

Débats, débats...


Et, finalement, la "puissance" qui a organisé le débat prend le pouvoir, en tirant les conclusions qu'elle veut, avec une sorte de malhonnête bonne conscience d'avoir permis aux "contre" de s'exprimer.  
La question est vaste, et elle mérite d'être... débattue ;-). Plus sérieusement, je veux ici m'adresser aux journalistes qui organisent des débats, en réclamant un peu d'honnêteté, sous peine que la crédibilité de la presse soit encore amoindrie.  
Imaginons un point  épineux (l'homéopathie, les organismes génétiquement modifiés, les résidus de pesticides, le bisphénol A, l'acrylamide...). On veut organiser un débat, et l'on sait qu'il y a des scientifiques qui croient qu'il y a un problème, et d'autres qui ne le croient pas. Mettre un contre un est indécent si 99 pour cent des scientifiques sont d'un avis, et 1 pour cent de l'autre ! Sur le plateau, devant le public, l'honnêteté la plus élémentaire voudrait qu'il y ait donc 99 scientifiques d'une sorte, et 1 seule de l'autre sorte. Non ?  
J'entends les mauvais arguments de ceux qui veulent se simplifier la vie, et rester avec un 1 contre 1 qui les arrange en termes d'intendance : on me dira que, parfois, une personne intelligente vaut mieux que 99 imbéciles, et cela est vrai, mais... parfois seulement (combien ?). On me dira que la prudence vaut sans doute que l'on entende le 1 isolé, et pourquoi pas, mais il y a souvent, dans ces affaires, à prendre en compte les deniers publics "raisonnablement" : imaginons que la question soit le fait qu'une météorite peut nous tomber sur la tête ; la probabilité est si faible qu'il serait idiot de réglementer la sortie des citoyens hors de chez eux.  
Surtout, il ne faut pas confondre connaissance des faits, et détermination politique fondées sur ces faits. C'est ainsi que nous nous effrayons de quelques décès (listériose, par exemple)... alors que nous supportons sans broncher les milliers de morts par accident de la route !  
Bref, ne demandons pas aux experts de prendre les décisions pour la collectivité, et laissons les scientifiques dans leur rôle, qui est d'établir des faits. Le politique doit prendre ses responsabilités, et s'il juge qu'il veut se placer en contradiction avec les faits, laissons-le prendre cette responsabilité !  

dimanche 25 janvier 2015

Pas de crainte !

La vaccination contre le HPV n'est pas associée à une augmentation du risque de sclérose en plaque : essai sur 4 millions de personnes, 10 janvier 2015.

Voir http://drpthis.blogspot.fr/

jeudi 22 janvier 2015

vient de paraître

SORTIE DE L’OUVRAGE DE JEAN-CLAUDE PERNOLLET AUX EDITIONS QUAE

PLANTES GENETIQUEMENT MODIFIEES, MENACE OU ESPOIR ?

dimanche 18 janvier 2015

Un peu de loyauté à propos d'arômes !

Je reviens de Grasse

Je reviens de Grasse... où j'ai en vain cherché les champs de lavande ou de roses qui ont fait la prospérité de la région. Là, des maisons, des routes... et des sociétés de parfums et "arômes". 

Arôme ? Le dictionnaire me dit que c'est l'odeur d'une plante aromatique, d'un aromate. Il n'y a donc pas d'arôme de viande, ou de  café, ou de vin. D'ailleurs, pour le vin, l'odeur est nommé le "bouquet". Alors arômes ? 

Certes, il y a une réglementation qui nous dit que les "arômes" sont des produits (on observe le mot "produit" : ce n'est donc pas naturel, puisque c'est produit, sous entendu produit par un être humain) utilisés par l'industrie alimentaire pour donner du goût à une préparation. Un usage qui n'est pas celui de la langue commune, donc. Et c'est là que tout s’aggrave. Comme pour le "fait maison", déterminé par une loi et ses décrets d'application, comme pour les "aliments naturels" (en réalité, prétendument naturels) qui faisaient l'objet d'une réglementation, il y a des positions que prend l'Etat à partir de sollicitations de l'industrie, et il faut bien observer que, sous prétexte d'emploi (je vous propose d'assister un jour à la discussion d'un responsable local et d'un industriel local : c'est édifiant), la collectivité est trompée.  Trompée, parce que le gauchissement d'un mot le rend déloyal. 

Application. Le mot "arôme" est loyal quand il désigne une odeur d'aromate, mais il est déloyal quand il nous trompe en nous faisant croire qu'il y a de la fraise dans un yaourt, alors qu'il n'y a que des composés odorants. Ou encore l'expression "fait maison" est loyale quand  elle indique que le restaurateur  a  produit une tarte au  chocolat en partant de farine, d'oeufs, de beurre, de chocolat... mais elle est déloyale (bien légale, hélas) quand la tarte est faite d'une parte surgelée, où l'on a mis un petit pot de mousse au chocolat. Dans tous  ces cas, il ne s'agit pas de qualité, mais de loyauté ! 

Pis encore, pour la France : le mot "arôme" est accepté par la réglementation pour des préparations de composés odorants, et aussi  utilisé pour désigner l'odeur rétronasale. Je ne sais comment cela  s'est fait, sans doute par négligence, mais des même la science et la technologie des aliments en sont venus à parler d'arômes pour désigner l'odeur rétronasale. Mes collègues et amis sont-ils, ont-ils été, trop paresseux, insuffisamment créatifs, pour introduire une terminologie particulière ? D'autant qu'ils ont doublement fauté : une fois en étendant le mot "arôme" à des produits qui ne sont pas des plantes aromatiques, puis une autre fois en désignant par "arôme" une odeur rétronasale, alors que l'arôme, en français, désigne une odeur anténasale ! 

Et je suis bien désolé de vous dire que nos amis anglophones, eux, ne se sont pas trompés. Les préparations qui donnent du  goût sont nommées flavourings, et le goût est nommé flavour. Or c'est un fait que les préparations de l'industrie alimentaire donnent à la fois de l'odeur et de la saveur, voire de la fraîcheur, donc du  goût ! 



Au total, le public, les citoyens, les "consommateurs" comme les désignent l'industrie,  sont non seulement fautifs, mais peut-être également paresseusement obstiné. Comment n'ont-ils pas perçu que le public, depuis des décennies, refuse leurs produits, non pas parce qu'ils seraient de moindre qualité, mais parce qu'ils sont trompeurs, déloyaux ? 

Et, surtout, pourquoi n'ont-ils pas cherché à valoriser leurs produits, qui sont en réalité superbes ? Il n'est pas trop tard ! Je propose que nous rebaptisions ces produits compositions, quand ce sont des compositions, ou extraits, quand ce sont des extraits. Sans y accoler le mot "naturel", qui plombe le débat, parce que les aliments n'étant jamais naturels, il est inutile de signaler une origine "naturelle". 

Compositions ? Il y a donc  quelqu'un qui a travaillé, comme un artiste, qui a composé. Extrait ? C'est donc extrait d'un produit, lequel sera sans doute dans la nature, qu'il s'agisse d'une fleur sauvage ou d'une fleur cultivée, par exemple. 



Bref, n'hésitons pas une  seconde, ne restons pas dans cet état collectivement délabré. Changeons nos appellations... en vue d'essayer d'être au niveau de nos amis anglophones. Cessons de tromper même malgré nous (j'ajoute cela parce que  mes amis parfumeurs et ... aromaticiens sont des gens souvent honnêtes, qui font un superbe métier, lequel mérite mieux que des mots détournés).  

Bref, introduisons pour l'industrie les mots de "composition" et d'"extrait". Compositions gustatives, extraits gustatifs, par exemple. 


dimanche 11 janvier 2015

Le blasphème est-il une provocation inutile ?

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, de nombreux amis me disent en substance "Oui, c'est terrible, ce qui s'est passé, mais quand même, fallait-il aller blasphémer ? C'était risqué, et puis pourquoi ennuyer spécifiquement autrui ?"
Il y aurait donc la question du "droit au blasphème", d'une part, et aussi de l'intérêt de blasphémer.

Commençons par nous interroger sur ce  qu'est un blasphème, en nous rapportant au seul dictionnaire français qui vaille, le Trésor informatisé de la langue française (les autres, étant commerciaux, ne visent pas la justesse... mais la vente). Sur http://atilf.atilf.fr/, on trouve : "Parole, discours outrageant à  l'égard de la divinité, de la religion, de tout ce qui est considéré comme sacré".
Observons tout  d'abord que  l'on ne peut pas outrager une divinité qui n'existerait pas : si je dis "M.... au Père Noël", ce n'est pas bien grave. Imaginons  une injure à  une divinité : on comprend bien que cela peut être intentionnellement, une façon de viser la croyance d'individus qui ont foi dans cette divinité. Dans l'hypothèse ou la divinité existe, elle pourra  très bien se défendre toute seule.
Injure à une religion ? Une religion, ce ne sont pas des personnes, mais une catégorie intellectuelle, de sorte que, là encore, on n'offense personnes. Mais le blasphème est en réalité, alors, dirigé comme une sorte d'injure à l'encontre  de ceux qui ont foi dans cette divinité. Bref, les blasphèmes causent de la souffrance. Et ce sont des paroles contre des personnes, lesquelles relèvent de la loi : on n'a pas le droit de diffamer, on n'a pas le droit de calomnier, on n'a pas le droit d'injurier.

Là, il faut explorer. Je trouve sur  le site de l'administration française les données suivantes :
Une injure est une invective, une expression outrageante ou méprisante, non précédée d'une provocation et qui n'impute aucun fait précis à la victime. Le qualificatif attribué ne peut pas être vérifié.
Lorsque les propos concernent une entreprise, ils sont une insulte uniquement s'ils visent un membre du personnel ou l'entreprise en elle-même. Une critique même excessive d'un produit ou d'un service d'une entreprise ne constitue pas forcément une injure. C'est le cas si une personne critique même vulgairement un plat consommé au restaurant mais sans s'en prendre au chef. Ces propos peuvent constituer en revanche un dénigrement relevant du tribunal civil et non pénal.
Si les propos imputent un fait précis et objectif à la victime (une infraction pénale par exemple), c'est une diffamation.

L'injure publique est un délit qui relève du tribunal correctionnel, l'injure non publique est une contravention qui relève du tribunal de police.
Injure publique

L'injure publique est une injure pouvant être entendue ou lue par un public inconnu et imprévisible. C'est-à-dire par un nombre indéterminé de personnes étrangères aux deux protagonistes et sans liens étroits entre elles.

C'est le cas d'une injure prononcée en pleine rue, publiée dans un journal ou sur Internet.

Le fait qu'une injure ait été prononcée dans un lieu fermé n'en fait pas une injure non publique. Une injure criée dans une cour d'immeuble parce qu'elle peut être entendue par tous les occupants (qui ne se connaissent pas forcément) et leurs invités est une injure publique.

L'injure non publique est prononcée devant un cercle restreint de personnes formant une communauté d'intérêt. Une injure prononcée entre deux personnes dans un cadre confidentiel n'est pas punissable.

Une communauté d'intérêts est un groupe de personnes liées par une appartenance commune, des aspirations et des objectifs partagés.

Par exemple, une injure lancée lors d'un comité d'entreprise est non publique car prononcée devant un nombre restreint de personnes appartenant à une même instance.
Selon le réseau social et le verrouillage choisi par le détenteur du compte, les propos tenus peuvent être accessibles à tout internaute ou à un cercle plus ou moins restreint d'"amis".
Si les propos tenus sont diffusés sur un compte accessible à tous, l'injure est une injure publique.
En revanche, si l'injure a été diffusée sur un profil accessible qu'à un nombre très restreint d'"amis" sélectionnés, il s'agit d'une injure non publique.

Dont acte. Continuons.
Certains discutent la question de la "qualité" des critiques faites à  des religions : on pourrait faire des critiques de bonne qualité, mais pas des critiques puériles. Là , le point de vue  est épineux, car nous sommes tous le puéril des autres.
Toutefois, on entend aussi parler du "droit de blasphémer", qui serait un "droit démocratique" : si l'on ne soutient pas la possibilité de blasphémer, même avec "mauvais" goût, même si le blasphème risque de créer des réactions terribles, alors le droit au blasphème est réduit à  néant. On ne pourrait pas défendre le droit sans défendre la pratique.
Et d'autres disent que si un groupe de gens est prêt à vous tuer parce que vous avez dit quelque chose, il est alors presque certain que ce quelque chose doit être dit, parce que sinon, les personnes violentes ont un droit de veto sur la civilisation démocratique, et si elles gagnent ce droit, il n'y a plus de civilisation démocratique.

Tout cela étant dit, nous devons aussi nous rappeler les combats des philosophes des Lumières. A l'époque, Diderot  et ses amis luttaient contre la religion catholique

mardi 19 août 2014

dimanche 13 juillet 2014

Une étude américaine confirme l’innocuité des vaccins



Une étude publiée dans Pædiatrics a passé en revue toutes les publications évaluant la sécurité des vaccins pédiatriques utilisés en routine aux États-Unis. Sur plus de 20 000 publications identifiées, 67 articles ont été retenus. Leur analyse a permis de conclure que ces vaccins sont sûrs. Dans le détail, « il existe des preuves très solides qui permettent d’affirmer que le ROR n’est pas lié à l’autisme chez les enfants, et que les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, l’Hæmophilus influenzae de type b et l’hépatite B ne sont pas liés à l’apparition de leucémies infantiles », certifient les auteurs.
Certains effets secondaires graves ont toutefois été rapportés, mais ils sont extrêmement rares. Par exemple, les vaccins contre les gastroentérites à rotavirus peuvent entraîner dans de rares cas des invaginations intestinales aiguës à court terme. Ce risque est estimé à 1,1 cas sur 100 000 doses de Rotateq et 5,1 cas sur 100 000 doses de Rotarix. Ou encore : le vaccin contre la varicelle peut entraîner des complications chez l’enfant immunodéprimé. Mais globalement, le bénéfice/risque des vaccins est très positif. Selon une modélisation de l’impact de la vaccination de routine chez des enfants nés en 2009, la vaccination éviterait 42 000 décès et 20 millions de maladies infectieuses. « Si cette nouvelle étude et toutes les précédentes qui montrent l’innocuité des vaccins ne suffisent pas à éliminer les craintes des vaccins chez les parents », très fortes aux États-Unis, « elles devraient au moins pouvoir conforter la confiance des pédiatres », espère le Dr Carrie Byington


mercredi 28 mai 2014

Un avis de l'Académie d'agriculture de France

Communiqué de presse
Suites judiciaires de la destruction d’un essai scientifique en plein-champ
L’Académie d’agriculture de France a pris connaissance du jugement de la Cour d’appel de Colmar, en date du 14 mai 2014, concernant la destruction, par un groupe de « 54 faucheurs », d’un essai scientifique en plein champ, utilisant des
pieds de vigne, conduit par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).
-Elle se réjouit de constater le maintien de la condamnation, en première instance, des faucheurs pour violation de domicile, ainsi que l’obligation d’indemniser l’INRA, les moyens utilisés étant disproportionnés à la nature des risques auxquels ils prétendaient remédier. Elle s’étonne que la dispense de peine soit justifiée, en particulier, par le fait que le trouble causé par l’infraction a cessé : en fait, ce trouble n’a pas cessé puisque l’amélioration des connaissances qui était attendue de cette expérience par la communauté scientifique n’a pas été obtenue.
-Elle s’étonne que la Cour ait jugé illégal l’arrêté autorisant l’essai, au motif de l’absence d’une étude d’impact préalable. Aussi bien au moment de la conception de l’essai, en collaboration avec la société civile et les associations
concernées localement, que de l’examen de la demande de prolongation par le Haut conseil des biotechnologies (HCB), dans lequel siègent les personnalités scientifiques françaises qui, en raison de leurs travaux antérieurs et de leur familiarité avec les problèmes posés, sont les mieux à même d’apprécier correctement les risques entrainés par une telle expérience, des études
d’impact environnementales ont été évaluées selon les connaissances disponibles et au delà de tout doute raisonnable. Elle considère qu’il s’agit d’une erreur manifeste d’appréciation.
-Elle rappelle l’avis émis conjointement par les académies des Sciences, des Technologies et de l’Agriculture le 17 mars 2014, à la suite du colloque tenu à l’Institut de France le 19 novembre 2013 sur les plantes génétiquement modifiées: « La recherche publique doit conserver et développer ses capacités d’expertise au service de tous, notamment par
l’expérimentation. Les académies demandent que les questions scientifiques et agronomiques touchant aux plantes génétiquement modifiées soient approfondies sur des bases objectives. Ceci implique de restaurer la liberté de mener des recherches et essais, y compris l’expérimentation en plein-champ et sur le long terme, en application des règlementations existantes ».
-Elle s’associe aux protestations de responsables d’organismes publics de recherche et d’universités contre des individus ne respectant pas les règles démocratiques et se livrant à des voies de fait pour empêcher de conduire des
expérimentations, ayant fait l’objet d’autorisations, selon des protocoles précis et transparents, seules de nature à permettre de recueillir des preuves scientifiques documentées sur la réalité des effets des organismes génétiquement modifiés sur les êtres humains, les animaux et l’environnement.

A Paris, le 28 mai 2014
Le Secrétaire perpétuel
Gérard Tendron
Le Président
Jean-Marc Boussard

mercredi 21 mai 2014

Le public n'a pas peur de la chimie : il ne la comprend pas.



En ces temps politiquement corrects, commençons par une précaution : j'ai bien du mal à reprocher aux autres leurs ignorances (observez le pluriel, svp), puis je suis moi-même très ignorant.
Cela étant, on nous dit que le public a peur de la chimie, et c'est un fait que les marchands de peur utilisent cette peur, ou prétendue peur, à leur avantage. Toutefois, le public a peur de la chimie ? Deux événements récents conduisent à nous interroger.
Premier épisode, lors du Salon de l'agriculture : à la fin de ma présentation de la cuisine note à note, où j'ai fait goûter divers produits (observez le mot, svp), un petit boucher nivernais vient me voir et me demande si les produits que j'ai présentés sont « chimiques ». Je lui explique que le terme est ambigu (en général, pas en réalité), et qu'il y a des composés extraits de produits « naturels » (pour faire simple!), tel le saccharose extrait des betteraves, et des produits synthétisés. Synthétisés, demande-t-il ? Cherchant un exemple simple, je lui raconte qu'à l'âge de six ans, j'avait mis deux fils reliés une pile dans un verre d'eau afin de produire deux gaz, et de décomposer l'eau. Décomposer l'eau ? Oui décomposer l'eau : un après un certain temps, le verre est vide, l'eau a disparu, et l'on a rempli des bonbonnes de gaz que l'on nomme hydrogène et oxygène. Décomposer de l'eau : notre homme n'en revient pas.
Profitant de son étonnement, je lui dit qu'il est également extrêmement facile de synthétiser de l'eau. Synthétiser de l'eau ? Oui, synthétiser de long, c'est-à-dire la fabriquer. Non pas par une simple condensation de vapeur, mais bien plutôt par la réorganisation de réactifs pour obtenir un produit, littéralement chimique, qui est l'eau. De l'eau en tous points indiscernables de l'eau d'eau du ciel.
Et notre homme de s'éclairer, et de répéter, émerveillé : « Vous synthétisez de l'eau ! Vous synthétisez de l'eau ! Oui, vraiment, vous avez un beau métier ! ». Autrement dit, cet homme n'avait pas peur de la chimie, mais il ignorait tout de cette activité pourtant ancienne.
Second épisode, plus récent encore. Ayant observé qu'en faculté de droit, nos amis juristes n'avaient pas des idées bien claires sur la différence entre un composé et une molécule (par pitié, rappelez vous ma remarque introductive), sachant que le milieu culinaire a le plus grand mal avec la notion de composé, j'enregistrais un podcast pour donner des explications. Des explications simples, à l'aide de balles diversement colorées. J'avais presque honte de délivrer des notions aussi simples (pour un physico-chimiste), mais un vague sentiment que cela devait être fait.
Le résultat a été au delà de tous les espoirs... avec des emails de félicitations, de remerciements. Comprenons bien que je ne suis pas en train de me taper sur la poitrine, mais simplement d'observer que le public... ne comprend rien à la chimie, ne la connait pas, et ne refuse pas de la connaître, est reconnaissant quand on lui explique.

La conclusion générale de tout cela, c'est que nous nous trompons si nous acceptons l'idée que le public a peur de la chimie. Il n'a pas peur, mais il ignore tout d'un des transformations que certains savent faire. Généralisons un peu : puisque le public ignore la chimie, comment voulez-vous qu'il sache ce qu'est un OGM ? L'ADN ? La radioactivité ? De ce fait, il est facile, trop facile, d'utiliser cette ignorance pour manipuler des opinions. D'ailleurs, il est probable que cette manipulation se fasse par des personnes qui ignorent également la chimie, et qui sont seulement plus craintifs que les autres... mais c'est là une interprétation charitable, et l'on peut aussi imaginer que les marchands de peur, donc agissant à des fins commerciales, ou des gens de pouvoir, ayant volonté d'orienter les réactions du public à leur guise, se livrent à des manipulations à leur profit.

Il y a donc urgence. Urgence à ne plus croire fautivement que le fait de vivre au XXIe siècle puisse éviter la présentation de notions élaborées au cours des siècles. Il y a une nécessité urgente d'un d'expliquer la chimie, la biologie, la physique, les sciences de la nature en général.
Militons, expliquons !

mercredi 16 avril 2014

Homéopathie inutile

L'homéopathie ne serait pas plus efficace qu'un placebo
 
Des chercheurs australiens ont testé l'efficacité de l'homéopathie sur 68 pathologies. Elle ne serait pas plus efficace que le placebo. Et les chercheurs alertent sur le danger de la vaccination par homéopathie.
C'est ce qui ressort d'une revue de la littérature menée par un comité d'experts médicaux australiens indépendants. Ils ont mesuré l'efficacité des traitements homéopathique dans 68 situations pathologiques différentes : asthme, arthrite, troubles du sommeil, rhume, grippe, eczéma, brûlures, paludisme, dépendance
à l'héroïne... Pas moins de 343 études scientifiques publiées entre 2007 et 2013 ont été passées au crible. Les chercheurs en ont conservé 57 après avoir analysé la qualité des travaux. Le professeur John Dwyer, immunologiste et professeur de médecine à l'university of New South Wales a déclaré : "On comprend bien
sûr l'effet placebo. On sait notamment que plusieurs maladies à court terme sont guéries par le corps lui-même. Il est alors très facile pour les personnes malades de tomber dans le piège de croire que l'amélioration vient du médiacement A ou B." Le professeur John Dwyer, a mis en garde notamment contre les dangers de
l'utilisation de l'homéopathie pour la vaccination. Le professeur Richard Choong, président de l'Australian
Medical Association (AMA) of Western Australia a déclaré au Guardian Australien que "l'homéopathie n'est pas une science, elle n'est pas fondée sur des recherches scientifiques". "Dans de nombreux cas, la vie des personnes peut être mise en jeu, la vaccination en est l'illustration."
Les deux professeurs ont appelé à mettre fin à la légitimation de l'homéopathie, incluant le remboursement par les assurances et la vente dans les pharmacies.

dimanche 13 avril 2014

lundi 17 mars 2014

A méditer

---------- Message transféré ----------
De : Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins de <viry.audrey@75.medecin.fr>
Date : 17 mars 2014 10:59
Objet : Lettre hommage au Docteur Sophie BECKER




La lettre d'Information
du Conseil Départemental de l'Ordre
des Médecins de la ville de Paris
LETTRE HOMMAGE



Mesdames, Messieurs, Chers confrères,
Nous avons appris avec consternation le décès du Docteur Sophie BECKER, psychiatre, inscrite au Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins de la Ville de Paris depuis 2008.
Ce médecin, âgé de 45 ans, est décédé brutalement au cours d'une interview téléphonique.
Comme vous le constaterez à la lecture de son article (ci-dessous) qu'elle a publié sur son blog, elle s'était engagée "à fond" dans l'exercice de notre profession.
Particulièrement touchés par cette disparition, nous tenions à lui rendre hommage.
" Point de vue n°5 - Un médecin meurtri,
par le Docteur Sophie BECKER le 8 mars 2014
J'ignore pourquoi nous, médecins, sommes aussi malmenés en ce moment ; malmenés par les gouvernements successifs qui semblent ne rien vouloir savoir de ce que nous vivons, malmenés par certains médias qui reprennent le discours des politiques et des directeurs de mutuelles sans analyse journalistique digne de ce nom, malmenés par certains français qui nous décrivent comme des nantis, roulant en Porsche, demandant des dépassements d'honoraires indignes, à l'origine du déficit de l'Assurance Maladie et sans doute de leur propre mal être. Je dis bien certains médias et certains français car je ressens du soutien, de plus en plus et c'est tant mieux.
Moi, je n'ai pas de Porsche. Je n'ai même pas de voiture du tout.  Je ne suis pas non plus propriétaire de mon appartement. Je boucle mes fins de mois tout juste mais je ne me plains pas. Il y a pire.
Et pourtant, je travaille 50 heures par semaine : 45 heures avec les patients et 5 heures à remplir de la paperasse administrative imposée (activité non rémunérée), rédiger du courrier, lire des articles médicaux, assister à des conférences pour maintenir et parfaire mes connaissances.
Heureusement, je ne fais pas partie des 50 % de médecins « burn-outés ». Pas encore. Ni de ceux qui choisissent de mettre fin à leur jour, une cinquantaine par an. La fréquence des suicides chez les médecins est 2,5 fois plus élevée que dans la population française. Il ne s'agit pas de comparer la souffrance des uns et des autres mais d'écouter toutes les souffrances. Je suis par exemple très touchée par la souffrance des enseignants. Mais pas seulement la leur, celle d'autres professions également. Celle de tout le monde en fait.
J'en vois déjà qui soupirent : « Encore une qui se plaint ».
Avez-vous déjà rencontré beaucoup de médecins qui se plaignaient ?
J'ai envie de raconter un peu mon parcours parce que je pense que notre profession est mal connue. Il faut dire qu'elle a beaucoup évolué ces trente dernières années et qu'une certaine image du médecin est encore trop présente dans l'imaginaire collectif.
Études de médecine (c'était il y a 20-25 ans)
Nos études durent de 8 à 12 ans si nous réussissons tous les examens du premier coup. La première année étant du niveau Prépa, il n'est pas rare d'avoir à la refaire. Il n'est pas non plus exceptionnel de faire sa sixième année également en deux ans à cause de ce sacro-saint concours de l'Internat et de l'importance du classement pour choisir sa spécialité.
J'ai eu de la chance mais je reconnais avoir beaucoup travaillé. Je me suis retrouvée en deuxième année (PCEM 2) à 18 ans. C'est l'année où l'on apprend l'anatomie et où l'on dissèque des cadavres humains. Pas facile à 18 ans ! L'odeur du formol est indescriptiblement insupportable et la mort est montrée dans sa réalité la plus crue. Quand on sort tout juste de l'adolescence, cela peut être brutal.
Puis très vite, en plus des cours et des travaux dirigés, on devient Externe des Hôpitaux. C'est une sorte de mi-temps avec parfois des gardes et des astreintes où l'on apprend notre métier bien sûr, mais où l'on rend aussi pas mal de « services » : brancardage, travail de classement, prélèvements sanguins etc.. Parfois, j'avais l'impression d'être un peu exploitée d'autant plus que je travaillais certaines nuits et certains week-ends pour payer mes études. J'ai exercé diverses professions : femme de ménage, aide-soignante, infirmière (à l'époque, nous avions l'équivalence), préleveuse dans les équipes mobiles du Centre de Transfusion Sanguine, garde de nuit pour enfants polyhandicapés etc. J'étais rémunérée pour cela à peu près au SMIC. Un Externe reçoit quant à lui un « salaire » d'environ 100-150 euros par mois. Je précise cela car j'entends souvent dire que nous avons une dette envers la France en raison de la durée de nos études. C'est faux.
Et puis c'est l'Internat à partir de la 7ème année, avec des semaines de 70 à 100 heures, parfois 3 gardes hebdomadaires de 24 heures sans pouvoir récupérer, des stages dans des hôpitaux éloignés obligeant à trouver un logement ou à acheter une voiture, une coupure avec les amis et les activités culturelles si nécessaires dans une vie. Je me souviens d'une garde où j'ai été obligée de travailler 48 heures, sans dormir une seule minute. Je me suis évanouie à la fin, dans une certaine indifférence car le travail à l'hôpital déshumanise et c'est un peu chacun pour soi. Pas toujours, bien sûr. Je me souviens de V., une interne en anesthésie qui s'est suicidée sur son lieu de stage. C'était il y a vingt ans maintenant. Je ne l'ai jamais oubliée.
J'ai vu des enfants mourir, des corps désarticulés à la suite d'accidents de la circulation, des patients souffrir atrocement. J'ai entendu des histoires de vie difficiles. Tout cela sans aucun soutien psychologique.
J'ai aussi sauvé des vies, guéri, soulagé des douleurs, reçu des remerciements et des sourires de la part de patients qui, par leur courage et leur gentillesse, m'ont souvent éclairée sur le sens de la vie. C'est pour eux que j'ai achevé mes études, que j'ai choisi ma spécialité et que j'ai décidé de passer ma thèse pour pouvoir exercer. Je leur en serai éternellement reconnaissante.
Travail hospitalier
Pendant une dizaine d'années, j'ai exercé comme Assistante des Hôpitaux puis Praticien Hospitalier après avoir réussi un concours assez pénible.
Beaucoup d'heures de présence, des gardes et des astreintes à n'en plus finir, un travail en équipe pas toujours facile en raison du caractère des uns et des autres. Lorsqu'on a à gérer des situations compliquées, on peut se montrer irascible.
Mais j'ai pu reprendre ce que j'aimais : les sorties avec les amis, le piano, l'orgue, la littérature.Et puis, j'ai noté la place croissante de l'administration quant aux décisions médicales à prendre et celle du corps médical qui s'amenuisait. Je n'oublierai jamais ce directeur d'hôpital qui, un jour, nous a demandé de privilégier les prises en charge collectives plutôt qu'individuelles car c'était « plus lucratif ». Ceci en lien avec la T2A (tarification à l'activité) paraît-il.
Cela m'a été insupportable de ne pas pouvoir exercer mon Art comme l'exigent le serment d'Hippocrate et le code de déontologie.
J'ai démissionné et j'ai exercé brièvement dans un centre de santé géré par une mutuelle.
Centre de santé
Les centres de santé, ce sont ces lieux où les tiers payants sont pratiqués. Concrètement, le patient vient avec sa carte vitale et n'avance pas les frais. Ou bien seulement la part mutuelle qui lui est ensuite remboursée.
Ces centres de soins sont quasiment tous déficitaires. Pourquoi ? Parce que les tarifs des consultations du secteur 1 (sans dépassements d'honoraires) sont tellement bas qu'ils ne permettent pas à un centre de fonctionner.
L'acte C est coté 23 euros (consultation auprès d'un médecin généraliste). La moyenne européenne est de 40 euros.
Dans ces centres en général, 32% bruts du tarif de la consultation sont reversés au médecin, soit 25% nets grosso modo. Les 68 % restants servant à payer les charges sociales et le fonctionnement du centre. 25% de 23 euros, c'est 5,75 euros. Donc, un médecin perçoit 5,75 euros pour un patient et zéro euro quand le patient ne vient pas. Et cela arrive souvent. La législation fait qu'un centre médical ne peut pas refuser un patient qui n'honore pas ses RDV (en tout cas, c'était ainsi quand j'y travaillais).
Donc forcément, un médecin ne gagne pas bien sa vie, vous l'aurez saisi.
J'ai cru comprendre que certains directeurs de ces centres étaient beaucoup mieux rémunérés, mais chut..
Je décide donc de m'installer, estimant qu'après 10 ans d'études, quelques vies sauvées et pas mal de sacrifices, j'avais droit à un peu plus de considération.
Installation en libéral
Alors là, je suis tombée des nues ! J'apprécie la liberté quant à la gestion de mon agenda et la qualité du contact avec mes patients. Je savais que je devais travailler beaucoup pour « rentrer dans mes frais » comme l'on dit, mais à ce point-là !
Je suis conventionnée au secteur 2 car j'estime que la durée de mes études, mon savoir faire et surtout l'énorme responsabilité qui m'incombe n'est pas compatible avec les tarifs proposés par l'Assurance Maladie. Pour un premier rendez-vous, je prévois 1 heure puis 30 minutes pour chaque consultation. Le CNP (cotation pour une consultation de psychiatrie) est à 43,70 euros (même pas arrondi à 44 euros !).
Les charges (sociales et de gestion du cabinet) sont énormes et sont estimées entre 60 et 70 % du chiffre d'affaires selon la spécialité du médecin (gestes techniques plus ou moins onéreux, présence ou non d'une secrétaire etc..). Il faut ensuite, comme tous les français bien sûr, payer ses impôts. Il ne reste donc pas grand-chose.
Nous versons environ 10% à l'Assurance Maladie. Savez-vous quel est le délai de carence si nous tombons malades ? Il est de 90 jours. Oui, vous avez bien lu : 90 jours. Et au bout de ces 3 mois, des indemnités journalières nous sont versées : 2 900 euros par mois environ. Alors que les charges peuvent être de 5 000, 7 000 euros mensuels voire plus pour certaines spécialités nécessitant notamment l'embauche de personnels ou bien du matériel onéreux.
Bien sûr, il existe des assurances privées extrêmement chères et qui, surtout, excluent très facilement au moindre problème de santé. Tous ne peuvent pas y souscrire. C'est ironique ?
Inutile de préciser que nous n'avons pas de congés payés et que nous ne sommes pas rémunérés lorsqu'un patient n'honore pas son rendez-vous (mon record : 15 dans la même semaine).
Concernant le TPG (tiers payant généralisé,, c'est-à-dire aucun frais avancé par le patient), mesure phare annoncée par le gouvernement, j'y suis opposée. D'abord parce que je ne suis pas salariée de l'Assurance Maladie et que je n'ai aucun lien de dépendance avec cet organisme dont le fonctionnement devrait, à mon avis, être examiné plus minutieusement. Le déficit de l'Assurance Maladie vient-il forcément des médecins ? Pas sûr. Enfin, parce que je suis à peu près certaine de ne pas être rémunérée pour tous les actes. Exemple : lorsque nous recevons un patient bénéficiaire de la CMU (ce qui est très utile pour certaines personnes, je ne critique pas cet avantage) et si sa Carte Vitale n'est pas à jour, nous ne sommes tout simplement pas payés pour l'acte effectué. De même si un patient n'a pas déclaré de médecin traitant, la pénalité, eh bien, c'est pour le médecin ?. Autre exemple : une de mes patientes vient de changer de CPAM. Elle a fait le nécessaire, a passé plusieurs coups de fil,  envoyé des courriers. Mais rien n'y fait, cela fait deux mois qu'elle n'est pas remboursée. En cas de TPG, que se serait-il passé ? Pensez-vous qu'un médecin aura le temps d'écrire moult courriers ou de passer dix coups de fil ? Non, il ne sera pas rémunéré, c'est tout, sans que grand monde ne s'émeuve. Tiens, bonne idée ! On ne paie plus les médecins pour renflouer les caisses de l'Assurance Maladie ....
Notre ministre de la santé est obsédée par le fait de limiter les dépassements d'honoraires. Certains, et j'en fais partie, parlent plutôt de compléments d'honoraires. Le tarif du C est tout de même inadmissible. Comparez avec d'autres services que l'on vous facture (coiffeur, plombier, avocat etc..). Je ne comprends pas cet acharnement. Il y a des médecins qui demandent des tarifs inadmissibles et qui font beaucoup de mal à notre profession. Les assurés peuvent très bien aller consulter des médecins qui proposent des tarifs corrects. Par ailleurs, ce qui n'est pas dit par Madame la Ministre, c'est que le remboursement des consultations par l'Assurance Maladie est moindre pour les consultations effectuées par des médecins du secteur 2 (c'est-à-dire avec complément d'honoraires). En psychiatrie, une consultation (CNP) du secteur 1 est remboursée 43,70 euros. Au secteur 2, c'est 37 euros. Donc, si tous les médecins étaient sans complément d'honoraires, le déficit de l'Assurance Maladie serait encore plus colossal.
C'est là qu'intervient le rôle des mutuelles. Elles coûtent affreusement chères et remboursent de plus en plus mal. Pourtant, leur chiffre d'affaires est de plusieurs milliards d'euros par an...
Par ailleurs, la loi Leroux a été votée juste avant Noël 2013 et elle concerne les réseaux mutualistes. Désormais, les mutuelles peuvent créer avec les opticiens et les orthodontistes des réseaux. Sur quels critères ? Un patient m'a rapporté ceci : devant faire réaliser des soins d'orthodontie pour sa fille, il a demandé un devis auprès d'un orthodontiste qu'il connaît et en qui il a confiance : 900 euros (les chiffres que je donne sont approximatifs). Sa mutuelle l'a incité à consulter un autre orthodontiste pour un meilleur remboursement (500 euros au lieu de 150 euros). Cet orthodontiste établit un devis de 1 600 euros. Bien sûr, le patient va faire le calcul et va choisir son orthodontiste habituel, ce qui lui coûtera 750 euros au lieu de 1 100 euros. Qui va faire des économies ?  La mutuelle bien sûr. Par ailleurs, ce droit fondamental du patient de choisir son praticien est bafoué. Les mutuelles insistent pour que la loi Leroux s'applique aussi aux médecins...
Et pourtant, ce sont les directeurs des mutuelles qui semblent les interlocuteurs privilégiés de notre ministre.
Il y a plein d'autres choses parfaitement iniques qui se passent actuellement dans un silence médiatique inquiétant.
Malgré cette maltraitance administrative, le peu de reconnaissance sociale, des revenus assez décevants, j'aime mon métier et je le continuerai tant que je pourrai.
Soyons vigilants pour maintenir la qualité de la médecine française, que certains nous envient."

 
Docteur Irène KAHN-BENSAUDE
Présidente  
                                   Docteur Jean-Luc THOMAS
                                   Secrétaire Général
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dimanche 9 février 2014

Attention : la nature n'est pas bonne !

Un ami, à Dunkerque, trouve dans son hôtel un numéro de Bio-info, le magazine du mieux vivre", où il est donné quelques idées pour éviter le gaspillage.

Jusque là, tout va bien.

Ce qui se gâte, c'est quand l'auteur explique que l'on peut cultiver les déchets, notamment les tiges de tomates où les peaux de pomme de terre.
Là, c'est grave, car les tiges de tomates et les peaux de pomme de terre sont pleines d'alcaloïdes toxiques, chaconine, solanine, sous forme glycosylée ou non.

Plus exactement, je crois très grave qu'on laisse se propager de tels conseils !

dimanche 26 janvier 2014

Ces gens pensent mal !



Je lis un article (détestable) sur les « controverses technologiques », qui traite en réalité de controverses techniques. Si c'est si mal parti, peut-on espérer que l'auteur puisse penser bien ? Peut-on espérer qu'une telle sociologie des sciences puissent avoir un regard un peu fin, quand elle confond l'aiguille et le pieu ? Guère...
D'ailleurs, l'article continue dans la même veine, en parlant de création technologique pour de l'invention d'objet technique.
Réfléchissons : peut-on même parler de « controverse technique », à propos du gaz de schiste ou du TGV ? Non, mille fois non, dirait Louis Pasteur, dont l'esprit à mille lieux au-dessus de l'auteur de cet article ! Une controverse n'est pas « technique », mais elle peut faire intervenir des techniciens. La faute du partitif est pernicieuse, parce qu'elle fait penser autrement qu'on devrait. En réalité, parler de controverse technique, c'est déjà personnaliser la technique, et mal discerner les acteurs... que l'on voudrait analyser, dans une telle sociologie.
Que nos nauséeux petits marquis surveillent leurs outils d'analyse, puisque, n'utilisant pas le calcul (ils en sont le plus souvent incapables), ils utilisent le langage !


mercredi 1 janvier 2014

Bonne année 2014

Chers Amis
Le monde ne se résume certainement pas à mon petit environnement, 2013 n'a pas été si mal :
- nous avons continué ces "séminaires de gastronomie moléculaire" mensuels, commencés il y a 13 ans... et reçu beaucoup de messages reconnaissants du monde culinaire
- la cuisine note à note s'est développée explosivement, et c'est un mouvement qui s'amplifie
- nous avons réfléchi (activement) à lutter contre les marchands de peur, notamment dans le cadre de l'Académie d'agriculture de France
- nous avons largement expliqué que la science (quantitative) ne se réduit pas à la technologie ou à la technique, que les "technosciences" n'existent pas
- nous avons testé des méthodes pédagogiques adaptées à ce monde moderne où la connexion est possible, et eu l'occasion de proposer des rénovations de l'enseignement scientifique
- nous avons vu les "Pôles régionaux "science & culture alimentaire" poursuivre leur action socialement utile
- nous avons poursuivi la promotion de l'Etude, de la Connaissance, de la Gourmandise raisonnée
- nous avons cherché plus de Lumière par des blogs, des sites....
- nous avons poursuivi nos études scientifiques, avec de nombreux collègues du monde entier, et des étudiants qui avaient envie d'apprendre (quel bonheur !)
- nous avons poursuivi le développement de la gastronomie moléculaire, dans des pays variés du monde
- nous avons reçu la 20e promotion de l'Institut des Hautes Etudes du Goût
- nous avons poursuivi ces publications mensuelles de la revue Pour la Science, avec de bons échos de lecteurs-amis
Beaucoup de ces actions ont bénéfié de votre aide, de votre soutien, et je vous adresse un grand merci.
Continuons à marcher d'un pas rapide vers plus de Lumière, en 2014 !
Je vous souhaite une EXCELLENTE ANNEE 2014 !

mercredi 18 décembre 2013

Assez de malhonnêteté !

L'industrie alimentaire doit vendre, et les citoyens ne sont pas naïfs au point de l'ignorer : ils se méfient. La publicité vient matraquer des messages, mais la presse ajoute sa voix au dialogue, en dénonçant des pratiques parfois contestables.
Ces temps-ci, les services de marketing ont une nouvelle idée, celle du  « clean label » : dans les listes d'ingrédients effectivement employés pour la fabrication des produits alimentaires, ils cherchent à éviter les ingrédients que la réglementation a classés dans la liste des E : E pour « européen ». Il s'agit de ce que l'on nomme les "additifs". Comme il est interdit de ne pas signaler ces produits, certains industriels cherchent à ne pas employer les ingrédients de cette liste.
Et, comme on n'utilise pas ces ingrédients pour le plaisir, mais parce qu'ils ont des fonctions (épaissir, comme le fait la farine dans une sauce ; colorer comme le fait le safran dans une paëlla ; conserver, comme le vinaigre dans les cornichons...),  ces industriels cherchent à remplacer les ingrédients en E par des ingrédients « naturels ».
Par exemple, le  Centre technique de la conservation des produits agricoles (CTPCA) écrit que « la réduction des additifs est une attente des consommateurs pour des produits plus naturels ». En conséquence, il propose à ses adhérents de « substituer des additifs par des ingrédients naturels à fonctionnalité spécifique », tels l’huile de romarin ou  l’extrait de céleri comme conservateurs, des anthocyanes des végétaux comme colorants naturels, des extraits de thé vert comme antioxydants...
C'est pur mensonge ! L'huile de romarin, que l'on extrait du romarin par une étape d'extraction, n'est pas plus naturelle que du dioxyde de soufre, que l'on obtiendrait en brûlant du soufre ramassé sur les flans d'un volcan, par exemple, et le sel, que l'on obtient dans des marais salants ou dans des mines, n'est pas moins ni plus naturel. D'ailleurs, comment mesurerait-on le degré de naturel ?
Et c'est ainsi que l'on en vient à parler, très mensongèrement, de « clean label » ! Par exemple, en février 2012,  la revue P***s, qui donne une idée de l'industrie alimentaire, avait un article dont le titre était : « Salon CFIA : le plein de nouveautés clean label. »
Et c'est vrai que de nombreuses industries cherchent à « faire naturel »... notamment afin de communiquer sur ce thème ! Considérons, par exemple, les farines  « fonctionnelles » du groupe L***n obtenues par traitement  des farines de blé par la chaleur : certes, on obtient ainsi de  bonnes capacités de liaison et de texturation, mais on ne me fera pas croire que ces farines sont « naturelles » ! D'ailleurs, le blé est une plante très artificielle, qui a été obtenue après de longs siècles de sélection (artificielle, donc). Et la farine a été obtenue après (1) culture ; (2) récolte ; (3) mouture : naturelle ? Non, au moins trois fois non !
Dans la pratique, que l'on me comprenne bien, je n'ai rien contre ces farines fonctionnelles, ou d'autres produits du même type, mais le remplacement des additifs classiques (amidons chimiquement modifiés, hydrocolloïdes) par ces farines n'est-il pas pure communication ?
Et puis, méfions-nous des solutions « vertes » :  je suis heureux de faire état d'un appel à l'aide, hier, par une journaliste dont le plafond puait, parce qu'il avait été peint avec une peinture « verte », à la caséine : dans un endroit un peu humide, les micro-organismes qui se trouvent dans les bonnes conditions de température faisaient pourrir la peinture (je lui ai recommandé de poncer, de traiter à l'eau de Javel, et de repeindre avec une bonne peinture de synthèse... inventée précisément pour éviter ce genre de désagrément).
Des fibres de peau  d’orange comme rétenteur et stabilisateur d’eau ? Pourquoi pas. Des fibres isolées du blé ou du lupin pour optimiser la texture de la viande hachée et des saucisses ? Pourquoi pas, mais quel nom donner aux produits ? Pardon, je me reprends : quel nom honnête ? Des protéines laitières pour la charcuterie ? Pourquoi pas, mais est-ce encore de la charcuterie ? Des fonds de sauce obtenus  par cuisson, puis réduction de matières premières « naturelles » (viandes, légumes, produits de la mer) : pourquoi pas, si les conditions de conservation s'y prêtent.
Plus généralement, la tendance à plus de sécurité alimentaire ne peut être critiquée : ce serait idiot de le faire. En revanche, il faut de l'honnêteté, non ?
Ce qui pose problème, c'est que du « clean label » au « greenwashing » (ou écoblanchiment) ou, pire, au « naturewashing » (naturoblanchiment), il n’y a qu’un pas que certaines entreprises n’hésitent pas à faire. Le greenwashing est un procédé marketing que des entreprises utilisent pour se donner une image (seulement une image : ne confondons pas avec la réalité) écologique et responsable.
Toutefois l'objectif est toujours le même : « par ici mes belles oranges pas chêres ! ».  L’objectif est de promouvoir une marque ou un produit en mettant en avant des pratiques écologiques qui ne sont guère significatives. Il faut bien reconnnaître qu'il s'agit de manipulation marketing, et de mascarade écologique. Le « naturewashing », c’est la mise en œuvre de stratégies de communication pour faire  croire que les méthodes de fabrication  sont « traditionnelles » ou « naturelles ». C'est détourner le mot « naturel »  de sa signification.

Et, bien souvent, tout cela s'assortit de prix plus élevés : ne soyons pas naïfs !

samedi 14 décembre 2013

Vive Rabelais !

Chers Amis,

tout d'abord, mon fils Wolfgang m'a envoyé un lien absolument merveilleux, que je vous offre : http://vimeo.com/50237219 !


ensuite, je vous promets un bon moment à suivre mes échanges sur le blog Scilogs

Tout cela est évidemment politiquement incorrect : quel bonheur ! Assez des béni oui oui et des pisse vinaigre, disait notre bon Rabelais

dimanche 8 décembre 2013

8 décembre 2013 : Le goût et ses modalités



J'y reviens, parce que l'on m'a offert un livre sur les épices. J'en tairai le titre et les auteurs, parce que je ne veux pas faire la promotion d'un livre que je vais critiquer, et que je ne veux pas attrister les auteurs du livre, qui sont des personnes amicales.
Le livre contient des recettes, mais il est fondé sur une idée très fausse, à savoir une confusion entre goût et saveur. En soi, ce n'est pas grave, mais n'est-ce pas une obligation de personnes qui veulent rayonner que de proposer de la bonne « qualité » ? En réalité, il faut quand même considérer que les auteurs sont marchands d'épices, et que leur livre est, d'une façon ou d'une autre, une propagande commerciale.
Mais passons.
La question est surtout que ces auteurs confondent goût, odeur, saveur, arôme... Et leur livre est une voix de plus dans la cacophonie. J'y vois plus positivement une possibilité de redire des choses simples et justes.
Observons tout d'abord que Brillat-Savarin confondait goût et saveur, mais que cet homme était un avocat, qui ne connaissait donc pas la science. Ne lui attribuons donc pas des connaissances qu'il n'avait pas !
Vers 1282, on nommait « goût » le « sens par lequel on discerne les saveurs » (Gouvernement des rois, 30, 32). A l'époque régnait donc la confusion. Et ce n'est donc pas dans l'histoire que l'on peut trouver sans effort supplémentaire une justification des définitions à retenir. Ce qui est clair, toutefois, c'est que l'on ne dira pas que l'on a de la saveur pour quelque chose, mais du goût pour cette chose. Le goût est donc quelque chose de plus général que la saveur, et voilà pourquoi les spécialistes de physiologie, depuis déjà longtemps, ont décidé de considérer le goût comme la sensation synthétique que l'on a en mangeant un aliment.

Pour résumer ce premier point : le goût est la sensation synthétique que l'on a quand on met un aliment en bouche.

Poursuivons, maintenant : le goût, sensation synthétique, est fondé sur des perceptions différentes, à savoir :
  • la saveur : par les récepteurs des papilles, qui devraient donc plutôt être nommées papilles sapictives
  • l'odeur, anténasale (quand l'aliment arrive à la bouche, passant devant le nez, où il libère des molécules qui sont « odorantes », puisqu'elles ont la capacité de se lier à des récepteurs olfactifs, directement ou non
  • l'odeur rétronasale, quand des molécules odorantes remontent vers le nez par les fosses rétronasales, à l'arrière de la bouche
  • des sensations trigéminales (piquants, frais...), quand des molécules se lient à des récepteurs spécifiques du nerf trijumeau
  • des sensations thermiques
  • des sensations tactiles (la consistance des aliments est perçue lors de la mastication, et donne lieu à la sensation de texture)
  • etc.
Pourquoi « etc. » ? Parce que l'inventaire ne semble pas être complet : on a découvert il y a moins de vingt ans que des acides gras insaturés à longue chaîne avaient des récepteurs spécifiques, dans les papilles, et que la sensation donnée par cette interaction n'était pas une saveur, mais de nature différente.
Enfin, terminons ce billet en signalant que la théorie des 4 saveurs (salé, sucré, acide, amer) est connue fausse depuis des décennies par les physiologistes et tous ceux qui se renseignent un peu, au lieu de répéter paresseusement des choses fausses : la réglisse n'est ni salée, ni acide, ni amère, ni sucrée, mais réglisse ; l'éthanol a une saveur particulière, tout comme le bicarbonate, tout comme... mille composés. Et l' « umami » est un vaste baratin, mais je vous renvoie à un billet antérieur, sur ce point particulier.

Je reviens donc au livre... qui inverse les mots pour « saveur » et « goût » ! Non, la saveur N'EST PAS la sensation donnée par les odeurs ! Non, le goût N'EST PAS la sensation ressentie par les papilles ! Non, notre langue ne reconnaît pas six goûts, donc le piquant serait l'un d'entre eux (à quoi sert que les physiologistes travaillent, pour que des ignorants publient des erreurs réfutées il y a plus de 50 ans?).

Finalement, faut-il instaurer un « permis d'écrire des livres » ? Je ne le crois pas, pour mille raisons qu'il serait trop long de discuter ici, mais quel dommage que la données des références de ce livre risque d'en faire une publicité imméritée !

dimanche 17 novembre 2013

N'oublions pas que les élus doivent se penser en représentants, pas plus !


Lors d'un colloque, où étaient discutées notamment des questions touchant à la science et à la politique, j'ai entendu un orateur débattre de la question de l'intersection éventuelle de la « sphère de la science et de la sphère du politique ». Jusque là, rien de bien particulier. Toutefois, j'ai été choqué, par la suite de l'interventin de notre homme, parce que, à un certain point de son exposé, il mettait en avant un troisième élément : la sphère du public.
Quoi ? Il y a aurait donc la sphère du public, la sphère de la science, la sphère du politique. Cela signifierait-il que l'on en arrive à imaginer que le politique soit distinct du public ? A ma connaissance, les élus sont les représentants du peuple, et rien d'autre. De sorte qu'il ne peut y avoir de sphère du politique distincte de la sphère de la science, sauf à considérer que le monde politique est devenu autonome, au lieu de n'être que les ambassadeurs du public.
C'est donc une idée tout à fait détestable, que je propose de combattre vigoureusement.

D'ailleurs, à la réflexion, la science est une activité, et l'on devrait s'interroger sur la signification de cette expression « la sphère de la science ». Mettons de côté une interprétation qui partirait de l'expression fautive « la sphère scientifique » : la science, en tant qu'activité, n'a pas de voix au débat politique, ou sur les applications des sciences, ou encore sur la gouvernance de la recherche scientifique, et notre orateur aurait donc dû plus justement parler de la « sphère des scientifiques ».
Une question se pose alors : les scientifiques sont-ils différents du public ? Je propose de ne pas traiter cette question maintenant, bien qu'elle soit importante, puisque nous voyons bien dans nos travaux scientifiques, combien nos a priori, nos préjugés, nous bloquent dans la recherche de connaissances nouvelles, les dogmes s'imposent à nous, et il est souvent bien difficile de les renverser, d'une part parce que cela ne peut se faire souvent que sur la base d'un travail scientifique considérable, et, d'autre part, parce qu'il y a un certain confort intellectuel à accepter les dogmes, lesquels sont des cadres dans notre pensée.
Mais c'est là une autre histoire, et je veux seulement conclure en répétant que les mots les plus chatoyants méritent d'être interrogés, analysés, décortiqués...

lundi 11 novembre 2013

Clichés

Rions un peu de :


naturel : je rappelle qu'est naturel ce qui n'a pas été transformé par l'être humain. Autrement dit, aucun aliment n'est naturel !

bon pour la santé : même l'eau peut tuer (le supplice de l'eau), et, quand elle est pure, c'est encore plus dangereux (les "chocs osmotiques", ce qui explique notamment qu'il faut éviter de boire de la neige fondue)

 la vue est le sens principal du goût : l'avez vous mesuré ? et si l'on sent, l'odorat n'est-il pas premier ?

 les 4 saveurs : oui, mais l'éthanol, le bicarbonate, la réglisse, par exemple ?

les obèses grossissent rien qu'en sentant l'odeur des aliments : on sait pourtant depuis l'Antiquité que rien ne perd, rien ne se crée

c'est bon : cela signifie seulement "j'aime" ; or le "j'aime d'un individu n'a aucune valeur générale

demain, on se nourrira d'insectes : en êtes vous certain ?

innovations alimentaires : lesquelles ? dans les supermarchés, on trouve pizza, cassoulet, choucroute, maïs, haricots... Où est l'innovation, à part dans le conditionnement ? 

créativité :  là, il faudra que l'on m'explique en quoi c'est plus que "chercher à faire du nouveau et y passer un peu de temps"

 out of the box : en anglais, c'est mieux, n'est ce pas ?